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Janvier 2016 - L’endobiogénie c’est la médecine de demain ! Interview de Jean-Claude Lapraz

Parue dans "Psychologies Magazine" n° 358, janvier 2016

Géniale, l’endobiogénie l’est sans doute. Trop méconnue, c’est certain. Cette jeune médecine, développée par les Dr Jean-Claude Lapraz et Christian Duraffourd il y a 40 ans entend réunir l’approche holistique, les plus récentes avancées de la science et la fine connaissance de notre système hormonal, avec les plantes comme outil majeur de soin. Après avoir exercé en tant que généraliste, en privé et à l’hôpital (dont 7 ans en cancérologie), Jean-Claude Lapraz a formé de nombreux thérapeutes à travers le monde. Aujourd’hui, à 70 ans passés, il est soutenu par une centaine de médecins et scientifiques internationaux, et se consacre à la recherche. Aux États-Unis, trois études scientifiques(1) ont récemment été publiées sur l’endobiogénie, conférant à cette nouvelles science une reconnaissance attendue.


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Jean-Claude Lapraz, président de la SIMEPI

Rencontre avec un visionnaire convaincu que "la médecine de demain sera intégrative, prédictive et surtout personnalisée"

Médecin généraliste, président de la Société internationale de médecine endobiogénique et de physiologie intégrative (SIMEPI), Jean-Claude Lapraz est l’auteur, avec Marie-Laure de Clermont Tonnerre, de l’ouvrage La Médecine personnalisée - Retrouver et garder la Santé (Odile Jacob)



Psychologies : Comment avez-vous été amené à développer cette nouvelle médecine ?

Jean-Claude Lapraz  : Lorsque je me suis installé comme médecin généraliste, il y a plus de quarante ans, j’appliquais les traitements enseignés. Mais très vite, j’ai été confronté à des récidives ou à des complications : certains enfants revenaient dix fois dans l’hiver pour des angines ou des otites à répétition ! Je me suis alors interrogé sur le sens de mon métier. La médecine d’urgence a des résultats fabuleux et instantanés, mais, au quotidien, les maladies de civilisation (cholestérol, hypertension, diabète, troubles du métabolisme...), les effets secondaires des médicaments ainsi que les cas de cancers explosent. Il y a quelque chose qui ne va pas. En divisant le corps en ses constituants, on a créé de multiples spécialités et des médicaments ciblés, négligeant l’individu dans sa globalité.
Prenons l’exemple du cancer : les traitements dits personnalisés constituent un progrès et permettent d’obtenir une survie de quatre à huit mois supplémentaires, mais c’est souvent au prix d’effets secondaires lourds et pour un coût exorbitant (on évoque cent mille euros par an et par patient traité). Or la vraie révolution serait de développer une stratégie thérapeutique globale intégrant à la fois des médicaments ciblant la tumeur et un traitement spécifique au malade. Alors que la masse de connaissances en physiologie est devenue gigantesque, dans la pratique, il y a une simplification abusive : on se limite à ne traiter qu’une partie du patient. Mais un être humain, ce n’est pas seulement une cellule dans un coin ! C’est un ensemble vivant complexe, constitué d’organes et de fonctions en interaction permanente. Plutôt que se focaliser uniquement sur une tumeur, il faudrait prendre en compte l’être humain qui en est porteur et qui, en fonction de ses potentialités propres, la laissera s’exprimer plus ou moins rapidement.

Vous pratiquez, dites-vous, une "médecine de terrain". De quoi s’agit-il précisément ?

Jean-Claude Lapraz  : Nous avons effectué de nombreuses recherches pour expliquer scientifiquement cette notion flou de terrain. De ces travaux est né le concept d’endobiogénie, une vraie médecine intégrative considérant l’autorégulation de l’organisme et l’interdépendance de ses composants.
La recherche a montré comment l’épigénétique, l’environnement des gènes, module l’expression de ces derniers et impacte notre santé. Selon cet environnement, une porteuse du gène BRCA1, prédisposant au cancer du sein, développera ou pas la maladie. Des facteurs externes (pollution, alimentation...) pèsent sur l’expression de ces gènes, mais aussi - et c’est sous-estimé - des facteurs internes (le terrain). D’où la nécessité de revenir à la globalité de la personne pour appréhender son fonctionnement internet et en corriger les anomalies.

Vous vous attacher à décrypter le fonctionnement hormonal de vos patients. Pourquoi est-ce fondamental ?

Jean-Claude Lapraz  : L’être humain est un ensemble vivant qui doit s’adapter, se construire et se reconstruire en permanence, ce qui nécessite un chef d’orchestre. En l’occurrence, le système hormonal. Dans un ordre précis, surrénales, thyroïde, gonades et système de croissance s’interconnectent en permanence. Si l’un d’eux est défaillant, face à une agression ou une sursollicitation (stress, pollution, mauvaise alimentation, virus...), cela entraîne un déséquilibre qui conduit à un état précritique, puis à la maladie. En analysant les forces et faiblesses du système hormonal du patient, l’endobiogénie permet d’intervenir en amont de la maladie, en aidant l’organisme à retrouver son équilibre. Le jour où les médecins intégreront que le gestionnaire de la santé est le système hormonal, la médecine fera un saut qualitatif fabuleux.

Comment se déroule une consultation en endobiogénie ?

Jean-Claude Lapraz  : Il faut compter environ une heure trente pour une première consultation. Celle-ci débute par un long temps d’écoute active. La succession des affections et l’histoire de la personne sont importante pour comprendre la maladie actuelle, fruit d’une longue évolution. Il y a un monde caché derrière un mot, le patient est porteur d’informations essentielles au diagnostic. "Est-ce que vous sursautez beaucoup les huit jours qui précèdent vos règles ?" renseignera par exemple sur l’équilibre relatif des hormones féminines ou mâles ou de de la glande thyroïde. "Rêvez-vous en couleur ?" montrera l’activité particulière de l’ACTH, une hormone secrétée par l’hypophyse en réponse au stress.
L’auscultation de la personne est également capitale. Il faudrait, chaque fois, examiner le malade complètement déshabillé en étant attentif aux moindres détails : prendre la tension, écouter le coeur debout et assis, observer les temps d’inspire et d’expire, palper le foie, écouter les bruits abdominaux, observer la morphologie, regarder l’allure des cicatrices... Par exemple, une acné localisée sur le front ou sur le menton n’impliquera pas les mêmes hormones ; les pétéchies (petites tâches de sang sur la peau) renseignent sur la souffrance passée d’un organe proche ; les battements répétés des paupières supérieures peuvent révéler un niveau élevé de noradrénaline, alors que ceux des paupières inférieures signent un taux effondré de dopamine...
Une fois recueillies les informations données par la parole et le corps, et si besoin un bilan sanguin, on obtient une vision globale de la personne, ce qui permet un diagnostic bien plus juste et fin.

A partir d’une analyse de sang, vous avez aussi développé une approche révolutionnaire de la biologie, permettant d’anticiper les risques de certaines maladies. En quoi cela consiste-t-il ?

Jean-Claude Lapraz  : Quand nous exercions en cancérologie, certains patients, considérés comme guéris, revenaient quelques mois plus tard avec des métastases foudroyantes. Pourtant, leurs analyses ne laissaient rien présager ! Christian Duraffourd a alors eu l’idée de génie de rechercher dans le sang des indicateurs prédictifs de la maladie. Le principe ? Sortir du seul dénombrement des globules rouges, globules blancs, plaquettes, etc. et, à partir de ces chiffres, via des algorithmes, revenir en amont pour comprendre le fonctionnement du système hormonal et identifier d’éventuels déséquilibres.
Par exemple, la synthèse des globules rouges est liée à l’activité des hormones masculines, tandis que celle des globules blancs est surtout contrôlée par les œstrogènes, les hormones féminines. Un ratio globules rouges sur globules blancs permet alors de mesurer le rapport entre l’activité des œstrogènes et des hormones mâles. Avec d’autres éléments fournis par la prise de sang, on établit ainsi un ensemble d’algorithmes et on obtient une carte détaillée de l’état physiologique de chaque personne. Cela change complètement la vision de la maladie, du malade et de son fonctionnement. C’est un peu comme passer des lunettes de Galilée au télescope Hubble pour observer les planètes ! Depuis vingt ans, nous avons effectué des dizaines de milliers d’analyses de ce genre à travers le monde, nous permettant d’affiner et d’améliorer sans cesse cette mesure.

Les plantes sont votre traitement thérapeutique majeur. Pourquoi ?

Jean-Claude Lapraz  : Les médicaments puissants ont tout leur place en cas d’urgence ou lorsque l’organisme ne peut plus faire face. Cependant, seules les plantes -lorsqu’elles sont utilisées dans leur globalité et non réduites en molécules - permettent une réponse mieux adaptée à la physiologie globale de la personne.
Elles peuvent agir à la fois sur le symptôme, sur le système nerveux et sur le système hormonal, tout en drainant les émonctoires (foie, poumons, reins...). En aidant notre organisme à résister aux diverses agressions (froid, virus, stress, pollution...), elles le respectent et l’accompagnent vers l’auto-guérison. Pour une utilisation optimale des plantes, nous avons recoupé les connaissances empiriques des anciens avec les dernières recherches pharmacologiques, puis confronté ces savoir à la clinique.
Aujourd’hui, les plantes utilisées en endobiogénie ont été validées par quarante années de pratique. J’invite à être très prudent dans l’automédication. Utiliser sans connaissances ni diagnostic la phytothérapie peut être risqué à long terme. Ainsi, le recours fréquent au ginseng ou à l’éleuthérocoque pour lutter contre la fatigue n’est pas sans risque en cas de terrain précancéreux chez certaines femmes. Et peu de médecins ou pharmaciens ont connaissance de ces effets.

Comment se faire soigner par l’endobiogénie aujourd’hui ?

Jean-Claude Lapraz  : C’est une médecine encore jeune. Il faut se renseigner auprès de l’association de patients "Phyto2000" pour savoir s’il existe un médecine endobiogéniste près de chez vous. A ce jour, une quarantaine de confrères exercent en France et peinent à répondre à la demande. Petit à petit, d’autres médecins rejoignent notre fédération (nous les formons en deux ans, parallèlement à leur activité), mais idéalement, il faudrait que l’endobiogénie soit enseignée en faculté de médecine pour développer une médecine intégrative digne de ce nom.

(1) Trois études parues dans Global Advances in Health and Medicine, en janvier 2013, mars 2013 et juillet 2014 (voir la rubrique "Publications de la SIMEPI").



Cécile, jeune retraitée

"Jamais je n’avais eu une écoute et une auscultation comme ça !"

"Il y a vingt ans, je souffrais d’endométriose, et les piqûres censées me soigner m’ont fait basculer violemment dans la ménopause précoce. Je me suis retrouvée gonflée d’eau et d’angoisse, et ma vie devenait un enfer. Moi qui était d’un caractère joyeux, j’entrais dans une profonde dépression.
J’ai alors eu la chance de rencontrer un médecin endobiogéniste. Jamais je n’avais eu une écoute et une auscultation comme ça ! Il m’a appris à observer mon corps. Comment sont vos selles ? Lorsque vous vous coupez, vous saignez comment ? Et tant d’autres questions insolites.
Il m’a encouragé à changer mes habitudes alimentaires, et le traitement à base de plantes m’a progressivement rétablie et stabilisée.
Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir quarante ans.



L’endobiogénie à travers le monde

La Société internationale de médecine endobiogénique et de physiologie intégrative (Simepi), fondée par Jean-Claude Lapraz, est présente en Tunisie, au Mexique (un groupe de médecins a été formé à la demande du gouvernement), en France, aux Etats-Unis et en Lituanie. Dans ce petit pays d’Europe, l’enseignement de l’endobiogénie a été introduit à la rentrée 2015, en faculté de médecine, assorti d’un diplôme de perfectionnement.